Animalité, altérité : l’art comme espace pour penser le vivant
Avec les élèves du Lycée agricole et du CFA du Campus du Haut Berry – Bourges Le-Subdray (Cher)
Du 5 novembre 2025 au 5 février 2026, l’artiste plasticienne Sidonie Bilger a investi le Campus du Haut Berry à Bourges-Le-Subdray pour une résidence longue consacrée à l’animalité, à l’altérité et aux rapports de domination. Une rencontre exigeante entre une recherche artistique en train de se faire et des élèves qui vivent, au quotidien, des relations au vivant d’une complexité que l’art seul ne suffit pas à résumer.
performance de Sidonie Bilger
Une résidence née du terrain, pas des théories
Le projet de Sidonie Bilger s’ancre dans une réflexion personnelle autour du spécisme et de l’antispécisme — envisagés comme des outils critiques pour penser les rapports de domination entre humains et animaux. Mais dès les premières semaines au lycée agricole, cette démarche théorique est mise à l’épreuve du réel. Les élèves ne sont pas des pages blanches : ils entretiennent avec le vivant des relations sensibles, pratiques, souvent contradictoires, que les grands cadres conceptuels peinent à saisir.
C’est ce déplacement qui fonde la résidence. La parole des élèves devient centrale. Leurs récits révèlent une génération traversée par des tensions vives — sentiment de manque de légitimité, rapport complexe à l’autre humain ou non humain — et conduisent l’artiste à nuancer ses positions, à recentrer son travail sur l’expérience vécue plutôt que sur l’adhésion à un modèle théorique. Le monde agricole, avec ses transformations écologiques, économiques et sociales, devient le vrai terrain de la recherche.
Des figures animales pour ouvrir des espaces de pensée
Face à cette complexité, Sidonie Bilger oriente son travail vers des figures animales capables d’interroger sans imposer de réponses. Trois figures structurent la recherche plastique : l’animal de collection, observé et extrait du vivant ; l’animal compté, mobilisé par l’Histoire et les récits fondateurs ; l’animal totem, figure de projection et de transformation. Ensemble, elles permettent d’aborder autrement la place de l’humain dans les écosystèmes — entre héritages, pratiques concrètes, désir de maîtrise et interdépendance.
La peinture La Louve (huile sur toile, 150 × 200 cm) incarne pleinement cette recherche : figure ambivalente, nourricière et politique, sauvage et fondatrice, elle interroge nos récits collectifs et les formes de pouvoir que nous projetons sur le vivant. Papillon, Lièvre, Coléoptère bleu complètent cet bestiaire peint à l’huile, auquel s’ajoutent des œuvres issues des ateliers partagés avec les élèves : dessins, performances, collages temporaires investissant les murs de l’établissement.
La Louve, Sidonie Bilger
Un atelier ouvert, poreux, habité
La résidence ne s’est pas construite à huis clos. L’atelier est devenu un lieu de passage : les élèves y venaient librement, pour échanger, confronter leurs points de vue, parfois se disputer. Paroles et images circulaient ensemble. Les formes — dessin, peinture, performance, collage — ont émergé au fil des rencontres, sans programme fixé à l’avance. Lors du Festival des talents du Campus, une performance dessinée de Sidonie Bilger a prolongé cette dynamique devant un public élargi.
Plus qu’un résultat figé, ce travail affirme qu’un espace artistique peut accueillir fragilités et contradictions. L’animal n’y est ni décoratif ni moralisateur : il est une figure de relation, une question ouverte sur nos manières d’habiter le monde.
détails
en savoir +
Sidonie Bilger https://sidoniebilger.wordpress.com/
Partenaires et soutiens
Région, DRAAF et DRAC Centre-Val de Loire, Réseau Centr’acteurs et Campus du Haut Berry, Bourges-Le-Subdray
+ d’infos
Morgane Debrus, Enseignante d’éducation socioculturelle du Lycée Campus du Haut Berry morgane.debrus@educagri.fr