My self & I

Avec les élèves de Terminale Service aux personnes et au Territoire (SAPAT) du lycée Kyoto à Poitiers

Les 3 composantes de l’Education Socioculturelle dans le projet

L’enseignement de l’éducation socioculturelle repose sur trois composantes distinctes et complémentaires :

 

  • la communication interpersonnelle à finalité sociale et professionnelle (en mesurant l’importance du non-verbal dans la communication humaine)
  • la communication médiatisée (en identifiant les enjeux de la communication médiatisée pour se situer dans la vie sociale, civique et culturelle : elle s’appuie sur des méthodes de lecture de l’image)
  • l’éducation artistique (en pratiquant une approche sensible du fait artistique et en réalisant une production culturelle et artistique).

 

Le projet imaginé avec la Compagnie Pic la Poule s’est donné pour ambition d’articuler ces trois composantes en proposant un processus de travail sous la forme d’un diptyque mettant en regard le corps social vs le corps intime ; le groupe vs l’individu.

De l’autoportrait aux selfies

« Me, Myself & I » s’appuie sur deux langages artistiques ; l’un relevant du spectacle vivant et l’autre des arts plastiques ; l’un en mouvement et l’autre dans une fixité de l’actant ; l’un dans une approche collective et l’autre individuelle.

 

Il s’agit en effet d’interroger par la photographie et la danse les frontières entre l’intime et l’extime ; l’intime/ le social / le professionnel à l’heure des réseaux sociaux et de leur corollaire : les selfies.

 

Un exposé sur l’histoire de l’autoportrait allant des premières peintures rupestres aux selfies d’aujourd’hui a permis aux élèves d’en dégager un vocabulaire et de se l’approprier.

 

Ces (auto)-portraits en miroir sont, en somme, de faux selfies composés en binôme : un photographe et un/une modèle, assumant la responsabilité des choix de postures, de cadrage, des vêtements…

Les questions posées..

Comment je me donne à voir ?

  • Tel(le) que je suis ?
  • Tel(le) que j’aimerais être ?
  • Tel(le) que je souhaiterais que l’on me perçoive ?

Est-ce que je me permets d’être la personne que je voudrais être ?

 

Qui suis-je ?

 

« J’ai en grande partie appris à me faire confiance car en venant sans maquillage « à nu » j’ai appris à me voir sous un nouvel angle car, en temps normal pour prendre des photos je me maquille et j’utilise des filtres et votre projet m’a énormément aidé car grâce à ce projet je commence petit à petit à prendre des photos sans filtre et sans maquillage ».

 

Croisée des langages : danse et photographie

Une série d’ateliers en danse conduits par Barbara Blanchet et portant sur la notion de contact, transfert de poids, relation à l’autre a eu pour objectif de faire éprouver à la classe les chemins pour trouver une liberté dans la contrainte : ressentir la différence de qualité corporelle induite par ce corps entravé, tester des énergies, des vitesses différentes, avec ou sans costumes.

« J’ai appris qu’en dansant, si on se laisse aller, on se sent libre, on fait de beaux gestes et mouvements de la danse, on est plus en confiance sur soi-même sans penser aux regards des autres. Ce que j’ai le plus apprécié c’est la liberté des choix des mouvements ce que je pouvais faire lors de ces séances».

Voir et être vu

Puis, le dispositif suivant a été mis en place : un appareil photographique est posé sur pied avec un cadre préalablement défini.

 

Un groupe se place en observation derrière l’appareil et se consacre à prendre des photos alors qu’un autre groupe danse devant l’objectif.

 

Il déclenche quand il le souhaite, en empathie avec ce qu’il voit.

Cette place est ensuite occupée à tour de rôle par chacun des élèves qui font ainsi l’expérience de celui qui voit et de celui qui est vu.

 

« Ce que j’ai vraiment apprécié c’est la cohésion du groupe mais aussi j’ai pu montrer et voir chez les autres des expressions corporelles que nous n’avions pas l’habitude d’observer, ce qui nous dévoilait un peu plus sur nos personnalités et nos comportements ».

 

A l’instar de ce que décrit Merleau-Ponty sur la phénoménologie où le corps est touché/touchant : ici les jeunes sont aussi ceux qui regardent. Ce processus repose ainsi sur la dynamique du regardé/regardant, les élèves ayant été tour à tour les photographes des clichés où les corps sont dansants et en collectif.

 

Ce procédé implique le danseur différemment, il se donne en représentation de manière plus désinhibée, plus investie, à l’écoute des autres, au service de la danse et de son image.

Savoir regarder

Comment lire une image ? Les élèves en s’appuyant sur des exemples d’Alex Webb ont défini des critères « objectifs » pour collégialement choisir les «meilleures» photographies de leur exposition : il s’agissait d’échanger les points de vue, d’argumenter et de définir les raisons de ses choix.

« Ce projet a changé ma perception sur certaines choses comme avant quand je regardais une photo ou une peinture, je regardais l’image comme ça mais je ne m’attardais pas sur quel message l’image que je vois peut porter, je ne savais pas que la composition de l’image pouvait jouer sur le message qu’elle nous transmet c’est grâce à l’histoire de l’autoportrait et de la photographie que nous a fait Vincent que mon regard a changé ».

L’artiste-intervenante : retours d’expérience

« L’enjeu lors d’ateliers de danse en direction d’amateurs ou de novices est toujours pour moi de permettre, autant que possible, une traversée sensible en partant de chacun.e. dans sa singularité.

 

L’entrée en danse s’élabore à partir de propositions simples qui posent une « contrainte » (une indication ?) corporelle et font appel à l’imaginaire au sens large du terme.

 

Il s’agit alors pour chacun-e d’ explorer, d’expérimenter, chercher, fouiller, aussi librement que possible.

Il n’y a pour moi aucune attente particulière de résultat, si ce n’est l’engagement des élèves.

 

Lors de cette expérience avec les élèves de Terminale SAPAT du lycée Kyoto, je me suis immédiatement aperçue que les corps, au-delà de résistance qui peuvent parfois être liées à leur âge, étaient pour certains déjà réceptacles d’un passé et d’une histoire complexes. »

« Le corps est social, la danse aussi »

« Il a donc fallu s’adapter, détourner, nourrir encore et autrement, ne rien lâcher de l’exigence afin que cette traversée soit possible. Et elle le fut.

 

Peu à peu les corps se sont déliés, les visages ont accepté d’être traversés… parfois même par un sourire !

Pour certain.e.s la danse ne devait pas revêtir cette forme-là mais par porosité ils-elles ont accepté de faire confiance au mouvement et à l’émotion qui s’y adjoint.

 

Ces élèves, de par leur parcours scolaire parfois chaotique, ont alors trouvé un endroit de valorisation, de satisfaction je pense.

C’est toujours émouvant de pouvoir observer ces passages, ces moments où l’être entier est touché et donc transformé ».

Barbara Blanchet, Retours d’expérience « Me, Myself, and I » – Mai 2021


en savoir +

La Compagnie Pic la Poule : http://www.piclapoule.org/

Les artistes intervenants : Vincent Curdy, photographe, Barbara Blanchet, danseuse

 

Partenaires et soutiens financiers
DRAC et DRAAF Nouvelle-Aquitaine  (appel à projet SAFFIR), Région Nouvelle-Aquitaine, Département de la Vienne, Lycée agricole KYOTO – Poitiers
Et autre partenaire : Centre Animation Beaulieu

 

+ d’infos

Anne-Lise Lisicki, enseignante en Education Socioculturelle, lycée Kyoto, lycée agricole de Poitiers anne-lise.lisicki@educagri.fr