Puis, l’eau revint
Avec les élèves du Lycée agricole de Tours-Fondettes Agrocampus
Du 5 janvier au 7 avril 2026, l’artiste plasticien Josselyn David a posé ses pinceaux, son métier à tufter et son atelier de vitrail au lycée agricole de Tours-Fondettes, sur le thème de l’« Engagement(s) ». Pendant trois mois, il y a mené une recherche sur les interactions entre eau douce et terres cultivées, tissant peu à peu des liens avec les élèves.
Josselyn David, Le Paysan, 2026
Une résidence pensée pour rencontrer le monde agricole
Josselyn David a été attiré par la perspective de travailler au sein même d’un lycée agricole, au plus près de celles et ceux qui pratiquent et apprennent les métiers de la terre, un terrain idéal pour poursuivre ses recherches sur l’usage de l’eau douce et le changement d’affectation des sols.
L’artiste se dit pleinement satisfait du cadre proposé : une salle dédiée durant trois mois, l’accompagnement de trois enseignantes d’ESC et des équipes du lycée. Il souligne que c’est souvent au self, en mangeant avec le personnel administratif et enseignant, que les échanges les plus riches ont émergé, ouvrant la voie à des collaborations dans d’autres contextes. La rencontre avec les apprenants, elle, demande plus de temps : il faut d’abord qu’ils s’habituent à sa présence avant que la curiosité ne prenne le relais.
Josselyn David, "Puis l'eau revint" (160x160), 2026
Vitraux, laine et lignes topographiques
Le projet artistique part d’un constat large — les neuf limites planétaires définies par Johan Rockström et ses collègues chercheurs — pour se concentrer sur les liens entre artificialisation des cours d’eau et disparition des terres cultivables. Plusieurs pièces naissent de cette réflexion durant la résidence.
Puis, l’eau revint, installation en laine recyclée (160 × 160 cm), imagine un paysage idéal où haies bocagères, agriculture de conservation et cours d’eau libéré de tout endiguement retrouvent leur fonction écologique, après des décennies de remembrement. La série Keyline, en vitrail de verre, plomb et étain, s’inspire du Keyline Design de l’ingénieur australien P.A. Yeomans — une technique d’aménagement qui répartit l’eau le long des courbes de niveau d’un terrain pentu. Le premier vitrail de la série cartographie une zone de la commune de Fondettes. Deux autres vitraux, Solognot N°25003 et Le paysan, explorent les symboles de la paysannerie — l’outil, la terre, l’animal.
Pour nourrir ce travail, Josselyn David multiplie les rencontres : élèves de la section Gestion et maîtrise de l’eau, enseignants d’hydraulique, d’agronomie et de zootechnie, mais aussi des partenaires extérieurs comme le syndicat mixte ANVAL (Affluents Nord Val de Loire) et l’APAD (association pour la promotion d’une agriculture durable).
De l'atelier fermé à l'atelier ouvert : apprivoiser la rencontre
Le mois de janvier est d’abord consacré à la recherche et à la cartographie du territoire, ponctué de deux conférences publiques le 20 janvier, où l’artiste présente son parcours et sa démarche aux classes et aux personnels. À partir de février, l’atelier s’ouvre aux enseignants souhaitant y amener leurs classes, de la seconde au BTS. En mars, place aux ateliers de pratique sur volontariat : quelques élèves s’essaient au tufting, d’autres au vitrail, un élève de seconde menant les deux jusqu’au bout, souvent entouré de camarades venus simplement discuter dans l’atelier.
L’équipe pédagogique note toutefois que la venue spontanée et individuelle des élèves est restée timide — un point à retravailler, notamment via une meilleure signalétique, pour de futures résidences.
Josselyn David, détail "puis l'eau revint", 2026
Une restitution vivante , un don à l'établissement
La restitution finale, le 7 avril 2026, prend la forme d’une exposition d’une journée : cartographies, croquis, vitraux et une grande pièce de tufting, suivie d’un vernissage en soirée avec les partenaires institutionnels. Josselyn David fait don au lycée d’un de ses vitraux, réalisé à partir du plan de l’établissement, un cartel explicatif lui sera bientôt associé pour qu’il trouve sa place permanente sur le campus.
Sur la thématique de l’engagement, initialement pensée sous l’angle de l’engagement citoyen des jeunes, l’équipe d’éducation socioculturelle retient que l’artiste l’a déplacée vers une dimension environnementale et sociétale — interrogeant les pratiques agricoles et leur impact sur les sols, les paysages et l’eau. Une manière différente, mais tout aussi pertinente, de questionner l’engagement des futurs professionnels du vivant.
en savoir +
L’artiste Josselyn David https://josselyndavid.fr/
Partenaires et soutiens
DRAC et Région Centre-Val de Loire, Lycée agricole Tours-Fondettes Agrocampus
+ d’infos
Claire Coulanges, DRAAF Centre-Val de Loire, claire.coulanges@agriculture.gouv.fr
Anne Petit, enseignante d’éducation socioculturelle anne.petit01@educagri.fr