Slamer : de la classe à la scène

Avec les élèves des Terminales professionnelles Conduite et Gestion des Entreprises Agricoles et Agro-Equipement du lycée agricole La Germinière à Rouillon

Tout commence en 2019 lors d’un concert d’HDW, formation musicale orchestrée par Alexandre Sepré, jeune slameur de la scène locale. Nous le découvrons dans le cadre du Festival En Jeu organisé par la scène nationale du Mans auquel nous participons pour la 1ère fois.

 

Cette année-là, ce sont les classes de 2nde professionnelle du lycée qui sont amenées à découvrir l’univers protéiforme des arts vivants. Le concert d’HDW est un coup de cœur total : les élèves comme les enseignantes sont conquis et émus. Pour beaucoup, le concert est une première expérience. Et c’est une très belle première fois qu’il leur est offert de vivre !

 

 

Forte de l’engouement suscité, il m’est apparu évident de monter un projet à l’échelle de l’établissement autour du slam et en particulier avec Alexandre Sepré. L’idée s’impose d’elle-même et enthousiasme l’artiste d’emblée. Il sera en résidence au lycée. Au programme : organisation d’une masterclass et d’un concert avec le Club Musique du lycée et réalisation du projet artistique avec les classes de Terminales professionnelles, projet qui sera le pivot de cette mise en œuvre avec à la clé deux représentations dont l’une dans le cadre du Festival En Jeu.

L'écriture : un passage à travers soi pour mieux aller vers les autres

L’écriture est un exercice inhabituel pour les jeunes des filières concernées. Au départ, le projet ne suscite pas d’intérêt, voire fait pousser des grands « oh » de mécontentement et des petits hauts-le-coeur de dégoût. Slam, kezako ? Petit mot rigolo qui claque dans la bouche comme une bulle de chewing gum mais qui reste très flou. « Ah ! C’est comme Grand Corps Malade ! ». Oui !

 

Mais enfin force est de constater que peu connaisse GCM… Les élèves découvrent en classe une discipline mutante aux confins de nombreux genres qui se réinvente sans cesse et qui ne se laisse pas facilement enfermée dans le carcan d’une définition. Tout à la fois spectacle, théâtre, poésie, musique, le slam porte des valeurs riches d’enseignement pour la jeunesse. Mais le slam, c’est aussi un cousin du rap. Les élèves prennent cette entrée en matière comme une liane sûre à laquelle se raccrocher.

 

En Novembre a lieu la 1ère rencontre avec Alexandre qui dispense plusieurs heures d’atelier d’écriture. Les élèves sont curieux et intéressés, honorés de cette rencontre avec un artiste professionnel mais restent intimidés face à l’écriture. L’ approche ludique proposée permet de dépasser la difficulté qui consiste à coucher sur le papier une intériorité qui n’est sensée ne concerner que soi-même. Et puis, ils prennent conscience qu’un espace de liberté leur est offert dans lequel ils peuvent dire tout ce qui leur passe par la tête et leur tient à cœur sans limites (ou presque).

 

Puis, en classe, à partir d’un exercice de coopération suivi d’un temps de débat sont dégagés les thèmes qui seront les fils conducteurs pour chaque classe. Ces thèmes sont issus de ce qui questionne et affecte les élèves. NATURE et AVENIR seront les maîtres mots des créations collectives. Les élèves continueront à s’exercer et à améliorer leurs textes au fur et à mesure avec leurs enseignantes de français et d’ESC, produisant ainsi la matière première pour modeler des mises en scènes collectives.

L'oralité : donner de la voix pour être présent au monde

Les deux créations sont mises en scène sur des temps très concentrés impliquant une grande intensité de travail et requérant de la part des élèves beaucoup d’investissement. Cette contrainte nécessite une bonne réactivité de la part du groupe : améliorer sa technique vocale, son jeu d’acteur, trouver des solutions et faire des propositions quand le texte ou la mise en scène ne fonctionnent pas. Ils jouent le jeu avec sérieux et enthousiasme, conscients de l’enjeu des représentations à venir.

De cette expérience, ils retirent de nombreux bénéfices. A l’instar de Rémy qui nous explique que « c’est vraiment bien pour la confiance en soi». Noémie  ajoute : « je sors de cette expérience plus grande dans le sens où le regard des autres ne me fait plus peur. Cela m’a permis de savoir parler et être présente au sein d’un groupe ». Développer son imagination, gagner en confiance en soi et en cohésion de groupe, s’ouvrir aux autres, apprendre à communiquer en public mais aussi se confronter au travail d’artiste-interprète comme Jérémy qui constate que « c’est très physique de rester debout, de répéter avec un bon placement de voix ».

Se représenter : donner le meilleur de soi-même pour réussir ensemble

Le 4 Février 2020, les deux classes recueillent une standing ovation en première partie d’HDW en concert au lycée. La fierté et l’émotion sont perceptibles. « Le passage sur scène s’est très bien passé. Personnellement, j’ai trouvé ça agréable » (Clément).

 

Ce succès les met en confiance pour l’étape suivante : aller jouer sur la scène ouverte du Festival En Jeu. Au sortir de cette seconde représentation, tous sont enchantés. Ils ont pu se dépasser, apprendre tout en éprouvant du plaisir, se surprendre.

Comme l’explique Lorenzo : « avoir un but commun et de la détermination nous ont permis d’atteindre les objectifs fixés, de surpasser les problèmes et nous avons réussi à prendre les décisions ensemble. Ce qui était vraiment agréable, c’était le fait de progresser ensemble vers un but commun.».

 

Ou encore Benjamin : « Plus on avance dans le projet, plus on se prend au jeu. On a vraiment envie que ce soit parfait et pour cela on s’implique au maximum. Le projet n’a rien à voir avec nos études mais permet de développer d’autres capacités sans forcément s’en rendre compte. Personnellement, j’ai appris sur le fait d’élever la voix, sur le fait d’être à l’aise à l’oral face à un public ».

 

Sur le chemin du retour au lycée, toute l’assemblée entonne un des morceaux de slam d’HDW


En savoir +  

https://alexandresepre.com/

https://www.quinconces-espal.com/lagenda/festivals/festival-en-jeu

 

Partenaires et soutiens financiers

Ce projet mené avec le réseau art’ur a reçu le soutien de  Alexandre Sepré / HDW, Les Quinconces/L’Espal scène nationale du Mans.

 

+ d’infos

Aurélie LE HEUDE, enseignante-animatrice en Education Socioculturelle, Lycée agricole La Germinière – Rouillon (72)

aurelie.le-heude@educagri.fr